3 - VIETNAM                 3 février 2001 - 2 mars 2001
29 jours - 15 jours roulés - 1207 kms - Plus longues distance : 127 kms - 80 kms/jour - 230 kms en bus
     1. De la frontière cambodgienne à Saïgon
Le soleil se lève sur l'horizon, nous sommes déjà en route vers le poste frontière. Une voiture nous croise et quelques secondes plus tard, un bruit de crissement de pneus retentit. Nous nous retournons et constatons que le véhicule a écrasé un cochon qui traversait la route. L'animal est sous le véhicule, couché sur le flanc. Il agite ses pattes et hurle de terreur. Le chauffeur de la voiture passe bruyamment la première et repart. Sur quelques mètres encore, le véhicule entraîne l'animal qui parvient enfin à se dégager et s'enfuit. C'est une des dernières images que nous avons du Cambodge. Les animaux n'y sont pas les mieux lotis : les cochons sont transportés étendus sur le dos dans des cages en osier ou à même le porte bagages des motos, les canards ou poulets sont eux pendus par grappe par les pattes aux guidons des mobylettes. Les chiens, galeux dans leur majorité, n'ont plus que les os pour tenir la peau. Bye Bye Cambodge...
Arrivés au poste de douane, l'action commence. Côté cambodgien, tout se passe bien. Nous pouvons nous diriger vers le poste vietnamien où tout se complique. Pendant que Helga garde les vélos, je vais présenter les passeports et remplir les documents. Ensuite, je me dirige vers les vélos quand une employée, cachée derrière son guichet "Quarantaine", me réclame les passeports. Je les lui tends. Elle remplit deux formulaires, les tamponne bruyamment et me lance d'un ton sec:
- "2000 Dongs"
- "Sorry?"
- "2000 DONGS!!"
- "Why?"
- "2000 DONGS!!" répond elle en montrant le tableau marqué "Quarantaine" au dessus d'elle.
Cette brave dame veut des sous mais pour sa poche, me semble t'il.
- "I'm not an animal. I just have a bicycle. No have money, Madam". (En plus, c'est vrai, on n'a pas de dongs).
Elle appelle une collègue à la rescousse. Elle parle anglais et m'explique, autoritaire:
- "You have to pay 2000 Dongs for the health control!"
- "I have a good health but no money. No Dongs, Madam."
- "You can give dollars. Give me 2 dollars"
C'est bizarre, les dongs se transforment en dollars! Je ne connais pas le cours, c'est bête. Mais elle doit avoir un taux de change pas très avantageux pour moi. J'enchaîne :
- "Sorry, I don't have money!"
- "It's a health control, you must pay."
- "OK. If it's a health control, I want to see a doctor."
Elle me désigne sa collègue. L'autre s'impatiente. Elle va bientôt faire des bonds sur son siège!
- "She's a doctor. You must pay."
Mon oeil! Elle est docteur et moi j'suis le pape!
- "OK. If she is doctor, we can make the health control..."
Je fais mine de me déshabiller, enlève mon T-shirt. Elles poussent des cris et agitent les bras derrière leur comptoir. Les  passeports me sont rendus.
- "You can go! Take it! But normally, you have to pay!"
Je sais bien que je suis poilu, mais de là à pousser des hurlements de terreur... En tout cas, ça a marché. Je rejoins Helga. Un type en uniforme veut fouiller les sacoches. Je lui sors la boite à outils et commence à lui expliquer la fonction de chacun :
- "That is to repair the inner tube. This one is for the spokes. You can use this to..."
- "OK, OK. Go, go."...
Sans demander notre reste, nous filons. Ca promet pour la suite.
Le ballet des écolières en ao dai Le paysage est le même qu'au Cambodge à la seule différence que les rizières sont vertes et non plus misérablement sèches comme chez le voisin. Nous traversons quelques villes. Les églises remplacent les temples bouddhistes. 
Les magasins sont ouverts et bien achalandés. Quelques jeunes filles sont revêtues de l'habit traditionnel fort élégant, le Ao Dai. Les gants remontant jusqu'aux coudes et la casquette de base-ball complètent la panoplie). Nous faisons tout de suite connaissance avec le sens des affaires vietnamien (voire le sens de l'arnaque) lors de notre repas de midi dans un restaurant au bord de la route. On nous sert des soupes accompagnées de panières remplies de diverses herbes, des galettes de riz, des rouleaux de printemps, le tout avec de larges sourires. La note arrive, nous payons. La surprise vient le soir lorsque nous nous apercevons qu'ils nous ont facturé quatre fois le prix normal. Va falloir se méfier...
"est ce que je suis assis à la bonne place?" A la sortie de la ville se dresse un pont à péage que nous devons emprunter. 
Un panneau indique les prix mais nous n'y comprenons rien, tout est écrit en vietnamien. Nous laissons un cycliste nous doubler. Il prend la file de droite et passe sans payer. C'est donc gratuit pour les vélos. Nous faisons de même et passons devant le planton avec un grand sourire. Vingt mètres sur notre gauche, celui qui semble être le chef court vers le planton en faisant des moulinets avec ses bras. Il l'engueule en nous montrant du doigt. Il a sûrement perdu l'occasion de se faire un peu d'argent de poche sur notre dos... Le trafic de plus en plus dense annonce que nous nous approchons de Saigon. 

Une rue de Saigon D'énormes araignées ont installé leurs toiles sur des kilomètres entre les câbles téléphoniques qui longent la route. Elles sont là des milliers, suspendues dans leur toile invisible, à attendre une hypothétique proie.
Déjà à quelques kilomètres de la ville, avant l'aéroport, la circulation se fait oppressante. C'est pare-choc contre pare-choc que les véhicules avancent, dans le bruit et les gaz d'échappement. Chacun prend sa place dans le trafic ou essaie de se faufiler du mieux qu'il peut pour gagner quelques mètres sur la cohorte. Les rétroviseurs des deux roues sont tournés vers l'intérieur du guidon. Ici on ne s'en sert pas. Celui qui est devant a tous les droits et peut déboiter comme bon lui semble, à ceux qui suivent derrière de faire attention! Nous trouvons tant bien que mal notre hôtel après quelques ronds dans la ville.